Soins palliatifs : Pourquoi l’écoute est le plus puissant des remèdes
On imagine souvent les soins palliatifs comme une impasse, un couloir gris où le silence l’emporte. C’est une erreur monumentale. En réalité, c’est précisément là, quand la médecine ne peut plus « réparer », que l’accompagnement en fin de vie prend tout son sens. Dans cet espace suspendu, remettre de la lumière là où l’on ne peut plus guérir n’est pas une option, c’est une mission d’humanité.
C’est ce qui m’a poussé à m’engager comme bénévole au sein du mouvement Être-là. Entre ces murs, j’ai compris une vérité que mes années de pratique m’avaient cachée : une présence sincère est parfois un remède plus puissant que n’importe quel protocole médical.
L’humain au cœur des soins palliatifs : poser l’armure
Dans le civil, je suis thérapeute. Mon quotidien consiste à chercher des leviers, proposer des outils, apporter des réponses. Mais quand je passe le badge de bénévole autour du cou, je laisse tout ça au vestiaire.
L’accompagnement en soins palliatifs n’est pas une question de « faire ». C’est une question d’être. Point. On ne vient pas pour conseiller, pour rassurer avec des phrases toutes faites ou pour jouer les guides spirituels de pacotille. On vient pour être une ancre. Une épaule où l’autre peut poser son fardeau sans craindre qu’elle ne s’effondre.
Ce que les familles n’entendent pas en fin de vie
Saviez-vous que le silence est souvent un acte d’amour ? Par pudeur, ou pour ne pas achever des proches déjà dévastés, les malades gardent pour eux leurs colères, leurs terreurs et leurs derniers regrets. Ils se murent pour protéger ceux qu’ils aiment.
Libérer la parole par une présence neutre
C’est là que nous intervenons. Nous sommes l’oreille neutre, celle qui ne juge pas et ne s’effraie de rien. Devant un inconnu qui ne pleurera pas, le patient peut enfin lâcher : « J’ai peur » ou « Je n’en peux plus ».
C’est souvent dans la lumière déclinante d’une fin d’après-midi, entre le passage du chariot de goûter et le changement de garde, que les mots sortent enfin :
- Libérer la parole sans conséquence pour l’entourage.
- Respecter l’intime sans jamais forcer le passage.
- Alléger l’esprit quand le corps commence à lâcher.
Comme on dit souvent : puisqu’on ne peut pas rajouter de jours à la vie, essayons au moins de mettre un peu de vie dans les jours qu’il reste.
Le défi des soins palliatifs en France : un manque d’air
La réalité française est pourtant cinglante : aujourd’hui, un patient sur deux meurt sans avoir accès à ce type d’écoute. C’est un chiffre qui glace le sang, non ?
L’association Être-là se bat quotidiennement pour former des bénévoles et boucher les trous de ce filet de sécurité qui s’effiloche. Mais l’engagement humain a besoin de bras, de voix et de soutien. Le recours aux soins palliatifs ne devrait pas être une option ou une chance de loterie en fin de parcours. Il devrait être le socle.
Et vous, comment voyez-vous ces instants de vie ? Est-ce un sujet que vous préférez évacuer, ou sentez-vous l’importance cruciale de cette écoute ?
Si ces lignes font écho à votre propre histoire, je vous encourage vraiment à jeter un œil au travail d’Être-là. On a tous, à un moment ou un autre, besoin que quelqu’un tienne la lampe dans le noir.


