« Mais enfin, il n’y a aucune raison d’avoir peur. » On vous l’a dit, ou vous vous l’êtes dit vous-même. Résultat : rien n’a changé, et vous vous êtes senti un peu bête.
Ce n’est ni un manque de volonté ni un manque d’intelligence. Il y a deux raisons, et ni l’une ni l’autre ne dit quoi que ce soit de vous.
1. Le détecteur de fumée ne lit pas vos arguments
Quand une menace est perçue, réelle ou seulement anticipée, le cœur accélère et les épaules montent avant toute pensée. Vous ne l’avez pas décidé, et vous ne le remarquez qu’après.
Un détecteur de fumée sonne d’abord et vérifie ensuite si c’était le grille-pain. On ne raisonne pas un détecteur de fumée qui hurle.
Il y a plus gênant. En 2009, la neuroscientifique Amy Arnsten, de Yale, a rassemblé dans Nature Reviews Neuroscience ce qu’on savait d’une étrangeté du cerveau : la région qui planifie, pèse le pour et le contre et relativise — le cortex préfrontal — est aussi l’une des plus vulnérables au stress. Un stress court, même modéré, suffit, à condition qu’on ne puisse pas l’arrêter, pour que ces capacités chutent vite.
Autrement dit : au moment précis où vous auriez le plus besoin de recul, l’outil qui le fournit fonctionne moins bien.
2. On ne vérifie pas ce qui n’est pas arrivé
La deuxième raison est plus retorse, et c’est elle qui explique le plus de choses.
La peur ordinaire porte sur quelque chose de présent : un chien qui grogne, une voiture qui déboîte. On regarde, on vérifie, l’affaire est close. L’anxiété, elle, porte sur ce qui n’est pas encore arrivé. Et personne, jamais, ne peut démontrer qu’un événement n’aura pas lieu.
Essayez. « Je vais me planter à cette réunion. » — « Mais non, tu connais ton sujet. » — « Oui, mais si on me pose la question à laquelle je n’ai pas pensé ? » — « Tu répondras que tu vérifies. » — « Oui, mais si ça se voit que je ne sais pas ? » Chaque réponse est raisonnable. Chaque « oui, mais si » l’est aussi. La discussion peut durer toute la nuit, et elle dure parfois toute la nuit.
C’est pourquoi la réassurance d’un proche soulage dix minutes, puis cesse de fonctionner. Pire : à force de demander « tu crois que ça ira ? », on apprend au système d’alerte qu’il faut une autorisation extérieure pour se calmer. La question revient le lendemain, un peu plus tôt.
Ce qui marche mieux que l’argumentation
Nommer ce que l’on ressent, avec précision. Mettre des mots sur une émotion fait baisser l’activité de l’amygdale — la région de l’alarme — et monter celle du cortex préfrontal. C’est ce qu’ont observé en IRM des chercheurs de Los Angeles, chez des volontaires qui regardaient des images pénibles (Psychological Science, 2007). L’observation vient du laboratoire, pas de la vraie vie. Mais le geste ne coûte rien.
« Ça ne va pas » ne dit pas grand-chose. « J’ai de l’appréhension, dans le ventre, à cause de la réunion de 14 h » est d’une autre précision.
Passer par le corps avant de passer par la tête. Une expiration deux fois plus longue que l’inspiration, pendant une minute. Les pieds posés au sol. La mâchoire relâchée. L’intensité redescend par le corps avant de redescendre par les arguments, et l’ordre compte : d’abord le calme, ensuite les mots.
Ce que l’hypnose apporte
L’hypnose ne cherche pas à gagner la discussion avec l’anxiété. Elle travaille avec l’attention, les images et les sensations, plutôt qu’avec des arguments. En séance, on apprend à retrouver seul un état de calme, puis à l’installer avant les moments qui le demandent. C’est ce que j’observe le plus souvent en cabinet, sans que cela vaille promesse : chaque personne réagit à sa façon. J’en décris les techniques dans cet article consacré à l’hypnose et à l’anxiété.
Que dire, alors ?
Si quelqu’un autour de vous est dans cet état, « il n’y a aucune raison d’avoir peur » est la phrase qui échouera. Elle demande à l’autre de prouver l’improuvable, et elle lui apprend qu’il a tort de ressentir ce qu’il ressent.
« Je vois bien que c’est là, et que ça ne se commande pas » fait mieux. Ce n’est pas plus gentil : c’est simplement vrai, et le système d’alerte n’a rien à y objecter.
Si l’anxiété envahit votre quotidien, dure dans le temps ou s’accompagne de symptômes qui vous inquiètent ou qui vous préoccupent, parlez-en d’abord à votre médecin.
À retenir
- L’alerte se déclenche avant la pensée : elle ne lit pas les arguments.
- L’anxiété porte sur ce qui n’est pas encore arrivé — et cela ne se vérifie pas.
- Nommer précisément, puis passer par le corps : d’abord le calme, ensuite les mots.
Si ces lignes font écho pour vous, je vous propose un échange téléphonique de 20 minutes, gratuit et sans engagement. Il permet de répondre à vos questions et de voir si l’hypnose peut convenir à votre situation.
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Voir aussi : Stress de rentrée : pourquoi le corps se crispe avant même la reprise.
Sources
- Arnsten A. F. T., Stress signalling pathways that impair prefrontal cortex structure and function, Nature Reviews Neuroscience, vol. 10, 2009, p. 410-422.
- Lieberman M. D. et al., Putting feelings into words: affect labeling disrupts amygdala activity in response to affective stimuli, Psychological Science, vol. 18, 2007, p. 421-428.
Bruno Filiol de Raimond, hypnothérapeute diplômé de l’IFHE, cabinet Hypnoprax, Paris 16.


